Depuis quelques jours, la rumeur s’amplifie. Mardi dernier (9 novembre), le Globe and Mail titrait «Ottawa mulls closing some embassies in Africa». Ottawa envisagerait de fermer quatre nouvelles ambassades, dont celles du Cameroun, de la Tunisie et de la Zambie. Même s’il est de notoriété publique que nombre de pays africains n’ont pas soutenu la candidature du Canada au Conseil de sécurité le mois dernier, il est peu probable qu’il s’agisse là de mesures de rétorsion. Ces décisions indiqueraient plutôt un réalignement fondamental de la politique étrangère du Canada délaissant l’Afrique pour l’Amérique du Sud et l’Asie. En effet, elles s’inscriraient dans une continuité qui a conduit aux fermetures des représentations diplomatiques canadiennes en Guinée (2005), au Gabon (2006), au Malawi et à Cape Town en Afrique du Sud (2009).
Pourtant, les perspectives de l’économie africaine pour le 21e siècle sont bonnes. Riche de ses matières premières, l’Afrique voit des pays comme le Brésil, la Chine et l’Inde augmenter agressivement leur présence. Mais la réussite africaine n’est pas uniquement due aux matières premières, le secteur privé est également en plein essor, une étude du BCG1 montre que, depuis 1998, les 500 plus importantes entreprises africaines, secteur bancaire exclu, ont crû à un rythme annuel de plus de 8%. Entre 2000 et 2008, l’Afrique a connu une croissance annuelle de son PIB de 5,3% alors que la croissance moyenne annuelle mondiale était de 4%. En 2009, pendant que les économies mondiales s’effondraient suite à la crise, l’Afrique connaissait une croissance de l’ordre de 2,5%. Dans un certain nombre de pays africains (Algérie, Égypte, Maroc, Tunisie, Afrique du Sud, Botswana, Lybie et Maurice) le PIB per capita excède ceux du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et leur index de développement humain (IDH) est comparable à celui de l’Indonésie, des Philippines, de la Thaïlande ou du Vietnam.
Bien sûr, les pays africains ne sont pas tous sur la bonne voie. Trente-quatre des cinquante pays les moins avancés (PMA) sont en Afrique et pour ceux-ci on pourrait s’attendre à voir un pays riche augmenter sa contribution au développement. Pendant des années, le Canada a bénéficié d’un préjugé favorable; son absence de passé colonial, son implication dans les missions de maintien de la paix, la présence soutenue de l’Agence canadienne de développement international lui donnaient, en Afrique, une influence sans commune mesure avec son poids réel dans le Monde. Maintenant, alors que l’Afrique décolle, le Canada s’apprête à ignorer les 2/3 d’un continent dont la population atteindra 1,4 milliard d’habitants dans moins de 30 ans. Manque de compassion soit, mais stupidité?
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1. The African Challengers – Global Competitors Emerge from the Overlooked Continent. The Boston Consulting Group. http://www.bcg.com/documents/file44610.pdf.